10 questions à
Rémi Dechambre

Journaliste / Valeurs ActuellesLe Parisien MagazineGQ

Racontez-nous votre parcours…

J’ai toujours voulu être journaliste. Enfant, j’étais curieux. J’aimais l’idée de gagner ma vie grâce à ce trait de caractère. Contrairement à ce que dit une expression populaire imbécile ; c’est une qualité ! J’ai fait un troisième cycle en sciences économiques puis un ami qui était journaliste m’a aidé à débuter. Ensuite, j’ai laissé libre cours à mes passions pour la gastronomie et le voyage qui sont devenus au fil du temps mes spécialités…

Présentez-nous une journée type

Dans ce métier, il n’y a pas de « journée type ». C’est ce qui en fait le charme ! J’essaie de diviser ma journée en périodes exclusivement dédiées à certaines tâches : écriture, téléphone et mails, interviews, reportages ou tests de restaurants. Il est important d’être bien organisé. Ça permet soit de se concentrer sur ce que l’on fait soit d’être totalement ouvert à la découverte et à la rencontre. Il peut m’arriver de décider de ne pas répondre au téléphone et aux e-mails pendant quelques heures… A notre époque, c’est une performance…

Votre meilleur souvenir de voyage de presse ?

Un voyage individuel à New York. J’avais été aidé par plusieurs attachées de presse. Pour la logistique, leur organisation avait été sans faille mais le programme était totalement libre. J’avais eu le temps de bien me préparer, de nouer mes propres contacts sur place. J’avais réalisé des interviews passionnantes du chef Eric Ripert du restaurant Le Bernardin et la créatrice de mode Juliette Longuet.

Ils m’ont communiqué leur passion pour cette ville… Même s’il y a un bureau de presse, il est nécessaire que le journaliste travaille en amont un minimum de son côté pour partir en ayant en tête un angle précis et être en position d’enrichir ce qu’on lui propose. Faute de temps, parfois on ne le fait pas assez…

Un pays qui gagne à être connu ?

La Corée du Sud. J’y vais régulièrement depuis plus de 15 ans. Tellement d’idées fausses circulent sur ce pays… J’aime sa gastronomie beaucoup plus raffinée qu’on ne le dit avec de nouvelles adresses comme Congdu, Poom ou Junsik à Séoul. On a vite fait de se laisser emporter par le tempérament très chaleureux et exalté des gens. Il faut se balader dans ce pays sans objectif précis. C’est comme ça que j’y ai parfois fait des rencontres hallucinantes…

Votre plus belle interview ?

Ça a longtemps été un cauchemar car elle était totalement ratée ! J’étais débutant. J’avais remplacé au pied levé un confrère pour une interview de Peter Ustinov au sujet de la Russie. J’avais été averti à 20h pour un rendez-vous le lendemain matin à 8h. Il a tout de suite compris. Il a dansé le flamenco sur la table basse et répondu de manière surréaliste à mes questions mal préparées… Rétrospectivement, c’était très drôle ! Je suis encore émerveillé d’avoir rencontré ce monstre sacré. Avec un personnage pareil comme avec tous les vrais grands ; peu importe le journaliste !

La personnalité qui vous inspire ?

Plutôt la catégorie de personnes. Ce sont les grands conteurs. Proust, Balzac bien sûr. Parmi les voyageurs, Joseph Conrad (dans sa version traduite par Odette Lamolle) Albert Londres ou encore Pierre Loti. Je suis en train de lire « Voyages en France » d’Henry James. Il y raconte le périple qu’il a fait à travers nos régions en 1882. C’était une épopée ! Aujourd’hui, la plupart des médias ne s’intéressent plus aux grands récits de voyage et d’aventure. Je suis certain qu’ils captiveraient nos lecteurs. Il faut être talentueux et courageux comme Anne Nivat ou Sylvain Tesson pour s’y essayer encore…

Une anecdote sur vous, un talent caché ?

Comme je suis légèrement hypocondriaque, je suis très calé dans le domaine de la santé ! Ça pourrait, être un angle intéressant : voyager pour découvrir les médecines traditionnelles ou simplement les bienfaits de certaines alimentations locales.

Quelle est votre formule préférée de voyage de presse ?

En individuel avec un photographe pour réaliser de beaux sujets en exclusivité pour les médias que je représente. C’est parfois possible pour GQ. Bien souvent, nous n’en avons pas les moyens. En petits groupes, j’aime quand le programme est ciblé autour d’un thème et quand on nous laisse des plages de temps libre pour faire de notre côté quelques investigations.

Un conseil à partager aux attachées de presse ?

Présenter objectivement les destinations pour que nous ne perdions pas notre temps avec un voyage qui ne correspond pas à nos attentes. C’est de cette manière que se construit une relation de confiance bien plus payante à long terme. Accessoirement, j’aimerais qu’on ne me parle plus de « support ». C’est un terme publicitaire. A chaque fois que je l’entends, j’y vois une conception dévalorisante de ma profession et de nos titres alors que nous tentons dans un contexte économique difficile de produire du vrai contenu éditorial.

Si vous n’aviez pas été journaliste, qu’auriez-vous fait ?

Avocat, pour les même raison : il faut être curieux, imaginatif et savoir expliquer les choses.

L’endroit où vous partez en vacances pour vous ressourcer ?

L’île de Ré car c’est le lieu de toutes les vacances de mon enfance. J’y retrouve un peu l’insouciance de cette époque. Si non, dans ma ville d’adoption, à Tsingtao, en Chine. C’est un monde si éloigné du notre qu’il est propice au lâcher-prise…